Ce qu'on pense, et pourquoi
Polymatch part d'un constat sur la façon dont le travail universitaire est découpé. Ces six textes développent ce constat, un obstacle à la fois. Ils se lisent dans l'ordre ou séparément, sans compte, et ils n'ont rien à vendre.
Un étudiant en sociologie et une étudiante en mathématiques passent trois ans dans le même bâtiment sans échanger une phrase de travail. Ce n'est ni un manque de curiosité ni un manque de talent : quatre obstacles concrets l'expliquent, et le plus lourd des quatre n'a rien d'intellectuel.
« Je cherche quelqu'un en statistiques » ne reçoit jamais de réponse, et ce n'est pas faute de statisticiens. Trois phrases suffisent pour qu'on puisse vous aider : ce que vous avez, ce que vous observez, et l'endroit exact où vous butez.
On en attend une compétence en plus, posée comme une brique sur un plan inchangé. Ce qu'elle fait vraiment est plus dérangeant : elle déplace la question elle-même, et c'est précisément là qu'est le bénéfice.
Tout le monde écrit « capacité à travailler en équipe » sur son CV, et personne ne le vérifie. Ce qu'il faudrait pour qu'une collaboration prouve quelque chose, pourquoi un badge qu'on clique ne vaut rien, et ce qu'une attestation ne dit pas.
Le climat, la santé publique, les conditions de travail : des questions dont aucune discipline n'est propriétaire. Quand un problème est découpé, la responsabilité l'est aussi, et personne ne répond plus de l'ensemble.
Elles paraissent naturelles parce qu'on ne les a pas vues naître. Elles datent pourtant du dix-neuvième siècle, elles ont été construites pour rendre la recherche possible, et savoir cela change ce qu'on peut leur demander.